Sarlat, les lycéens et le cinéma

En novembre on ne se rend pas à Sarlat pour visiter la maison de la Boëtie ni pour flâner dans les rues ou sur les places de la cité médiévale. Il fait froid et humide, un temps à aller au cinéma. Ça tombe bien : le Rex accueille la 28ème édition du festival du film. L’idée géniale des créateurs est d’avoir dédié les cinq jours aux lycéens. 600 venant de 30 lycées de toute la France se réunissent ainsi non seulement pour assister à la projection en avant première de 3O longs métrages français et étrangers et autant de courts métrages, mais aussi pour débattre, voter pour les films en compétition et surtout préparer leurs propres très courts métrages avec l’aide de professionnels.

Le Rex (six salles) est un lieu chaleureux, l’équipe du festival disponible et ouverte. Un vrai bonheur !

Le festival du film de Sarlat se termine le 16 novembre. Il est placé cette année sous le signe d’Agnès Varda.

Un pas de danse

La rivière flâne sous les frênes et les saules, bordant une petite route qu’il ne faut pas louper à gauche juste après le pont en venant du village de Saint-Médard-d’Excideuil. Un bâtiment blanc s’étire à l’opposé de la berge. On y est ! Encore faut-il la savoir car les signes distinctifs sont vraiment bien peu visibles : un petit panneau juste après le pont puis à l’entrée de l’usine. Repetto, champion français du chausson de danse et de la ballerine, installé en Périgord depuis 1967. La créatrice de la marque (en 1947), Rose Repetto, mère de Roland Petit, y a délocalisé la fabrication des célèbres ballerines Cendrillon, Richelieu Zizi, mocassins Michael…

Une discrète caverne d’Ali Baba

Le magasin d’usine constitue une discrète caverne d’Ali Baba. Y sont en effet vendus à des prix très nettement en dessous du commerce (trois à quatre fois moins cher !), des articles de second choix dont en réalité seul un oeil expert peut distinguer le défaut. Le choix est très vaste. Deux personnes souriantes mais réservées (aucun risque d’être poussée à la consommation) tiennent la boutique et expliquent à grands traits, si on les interroge, la technique du cousu retourné, marque de fabrique de Repetto. On essaie en toute tranquillité. Seule contrainte : ne pas dépasser l’achat de dix paires par personne (!).

Du tourisme industriel classe ! Et l’été une accueillante climatisation ajoute au plaisir de ce shopping de luxe en rase campagne périgourdine.

Le magasin d’usine est ouvert du lundi au samedi de 10 H à 18 H.

Bleu sur noir

Il faut faire vite, très vite : l’exposition Yves Klein qu’offre le musée Soulages de Rodez ferme le 2 novembre. Et ce serait vraiment dommage de ne pas pouvoir s’immerger dans le bleu IKB (International Klein Blue) auquel deux salles sont consacrées. Même les pires détracteurs de Klein (et il s’en trouve encore hélas) ne résisteront pas.

Le musée Soulages, hommage à un peintre vivant dans sa ville natale, est, par ailleurs, d’une beauté de rouille et de noir. Un bien beau vagabondage. Soulages aura cent ans bientôt et le Louvre lui ouvrira ses portes à cette occasion. Le peintre réalise une oeuvre monumentale dont il fera don au plus fréquenté des musées nationaux…

L’une des oeuvres de Sulages
un crin de rouille austère et chaud

détour contemporain

Burning souls – Gilbert et George

Premier vagabondage en Périgord : le château de Biron, massif assemblage de pierres qui a traversé les siècles – du XIIème au XVIIIème siècle – accueille jusqu’en décembre 2019 soixante oeuvres tirées des collections du Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC) de Nouvelle Aquitaine.

Thème fédérateur : un monde, un seul, pour demeure.

Lors de ma visite il faisait humide, le pavé des cours était gluant de bruine. Contraste saisissant de cet ensemble architectural hors normes avec la modernité des oeuvres. J’ai particulièrement aimé la démarche de Fayçal Baghriche dont la peinture est tirée de l’agrandissement de la double page du Larousse figurant la totalité des drapeaux du monde. L’artiste n’a conservé des emblèmes nationaux que les étoiles et autres motifs géométriques qui planent poétiquement dans un océan de bleu, fond céleste figurant un monde lumineux et sans frontières.

À signaler « Burning Souls » (1980 de Gilbert et George, ainsi qu’une oeuvre d’Adam « Interno con Specchio e Tapetto » (1966-67), preuves, s’il en était besoin, que le FRAC a du flair dans ses acquisitions.

J’ai également remarqué deux très belles photos : « Aline, travailleuses agricole, île Margaux, 2016 » de Maitetxu Etcheverria et « Cabane, portières, cueillir » de Francis Morandini pendant sa résidence au lycée d’Arsonval à Brive-la-Gaillarde.

Hélas les visiteurs étaient rares. Biron vaut pourtant le détour, pour son histoire, son architecture tarabiscotée, et en tant que lieu majeur de l’art contemporain en Périgord.

L’exposition est ouverte jusqu’au 1er décembre 2019 (10 h 30-13 h, 14 h-18 h jusqu’au 3 novembre ; 10 h 30-12 h 30, 14 h-17 h (fermé le lundi) du 4 novembre au 1er décembre.

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