Garder la chambre

Le château de Hautefort, en Périgord vert, fut, entre autres, au XIIème siècle, la propriété du troubadour Bertran de Born, au XVIIème siècle, de Jacques-François de Hautefort qui aurait servi de modèle à l’Avare de Molière, puis au XXème siècle de la baronne de Bastard à qui l’on doit la résurrection de l’édifice après le terrible incendie de 1968 (1). La baronne y reçut en toute modestie la Reine mère…

Grâce si l’on peut dire à cet incendie Hautefort dispose d’un studio permanent de cinéma. Le château abrite en effet des salles vides et bétonnées laissées en l’état après le feu de 68, ce qui a permis l’installation du studio où fut presqu’intégralement tourné le film « la mort de Louis XIV » au cours de l’été 2015 (réalisateur Albert Serra, inoubliable Jean-Pierre Léaud dans le rôle principal)

La chambre s’offre aux visiteurs dans son huis clos morbide et intimiste. Un des plus beaux moments de la visite et le clou de l’exposition temporaire « 50 ans de cinéma à Hautefort » qui se tient jusque fin octobre. Une belle collection de photos et quelques extraits des films et séries TV tournés dans la demeure (Le chevalier de Pardaillan, Cartouche, Molière, Nicolas Le Floch,…).

Le site est exceptionnel de classicisme et de pureté. La baronne n’avait pas ménagé efforts et deniers pour reconstruire à l’identique et meubler avec goût et élégance.

(on a l’air dithyrambique mais, vraiment, cela vaut le déplacement ; à déconseiller cependant à celles et ceux qui n’aiment ni le cinéma ni l’histoire. Mais y en aurait-il encore ?)

sculptures et broderies de buis
A signaler également l’exposition des photos de Pierre Men, consacrée à son île de Madagascar (une partie est accrochée à la charpente de la tour de Bretagne

(1) Le château de Hautefort, Dominique Audrerie (Editions Sud-Ouest)

(2) toutes informations pratiques : http://www.chateau-hautefort.com

Christian, Sandrine, EriK, Joël et nous autres

Eh oui c’est la fin de cet été si particulier où l’on a, souvent par la force des choses, renforcé les liens locaux, redécouvert des lieux et des paysages si familiers qu’on n’y prêtait plus guère attention. Ainsi de l’espace culturel François Mitterrand à Périgueux, ancien bâtiment des archives départementales et son jardin attenant.

Sevrés d’événements culturels nous nous y sommes précipités le 27 août pour l’une des trois soirées (gratuites !) placées, précisément, sous le signe de la fin de l’été. Une petite scène sous les platanes, des sièges de jardin, des masques et la désormais classique distanciation dans une douceur enjôleuse… Une mise en scène idéale de sobriété pour entendre la lecture musicale d’un texte poétique et déambulatoire du Québécois Joël Bastard, « la clameur des lucioles ».

Sandrine Bonnaire, diction parfaite, robe écarlate, entente idéale avec Erik Truffaz. Un moment de grâce qui nous réconcilie avec tout. Et d’abord avec nous-mêmes.

En première partie le quatuor du Périgourdin Christian Paboeuf nous a offert un jazz innovant, ironique et tendre.

Ah quelle belle soirée !

(il aurait fallu des photos à la hauteur du moment, mais il ne faut pas trop demander. D’ailleurs l’imperfection n’est-elle pas signe de poésie … par défaut ?)

Le sceptre d’autocar

Suite du roman de gare.

Boris Vian avait bien raison : « on n’est pas là pour se faire engueuler… ». Et pourtant c’est le vague sentiment qui surnage. en parcourant la vastitude triste de la gare (ferroviaire) de Limoges à la recherche de la gare routière où nous attend l’autocar pour Périgueux. Tout à l’heure le contrôleur de l’Intercités nous renvoie d’un ton sans appel à notre bulletin de vote. Le chauffeur du car prend le relais dans l’échange de propos aimables.

Nous sommes cinq ou six à nous enfourner dans le véhicule. J’indique poliment que je garderai mon bagage à portée de main. « Ne le mettez pas sur le siège rétorque le conducteur. C’est un car neuf. Faut pas le salir. On est une compagnie privée, on n’est pas riches comme la SNCF  »

Dans la nuit bleue sous le phare lunaire nous avons cheminé par les petites routes limousines puis périgourdines, effectuant des haltes dans toutes gares, y compris celles – les plus nombreuses – où aucun voyageur n’avait demandé à descendre.

Au détour d’un bois une biche, gracieuse et gracile a traversé nonchalamment. Le chauffeur, royal, est resté imperturbable, tenant son volant comme d’autres leur sceptre.

On est arrivés très tard. Et on n’a jamais su ni le pourquoi ni le comment de la substitution d’un autocar au TER. Et nul ne nous adressé des excuses pour cette péripétie nocturne.

Roman de gare

Ni polar ni romance. Juste la (triste) réalité ferroviaire

les vitraux de la gare de Limoges

Il est 23 H passées de quelques minutes. Le train de Paris entre en gare de Limoges. Soudain une annonce : « Pour Périgueux prière de prendre l’autocar en gare routière ». Pour une mauvaise surprise c’est en une. Au moins deux heures de route en perspective soit le double du temps de trajet en TER. On interpelle le contrôleur : pourquoi attend-on l’entrée en gare pour nous infliger la nouvelle ? « Mais Madame les trains régionaux et les intercités ce n’est pas la même compagnie. Je ne suis pas censé savoir qu’ils mettent un autocar à la place du train ». On essaie de protester poliment : si on avait été prévenue au départ de Paris on aurait pu avertir la famille, prendre d’autres dispositions. « Vous deviez bien le savoir quand même » ajoute-t-on.

Ouh ! là on va trop loin. D’accord, admet le contrôleur, il avait entendu parler du changement de programme « par une voyageuse » au départ de Paris. Mais de là à vérifier l’information et la transmettre aux clients de la ligne…

L’Agent s’exaspère, descend sur le quai. Service terminé. Arrivé à bon port. Donc circulez, y a rien à voir, on ne discute pas. Et tout en indiquant l’escalator il nous cloue le bec : « fallait pas voter pour eux ! »

On en reste coi.

Attention(s)

En ces temps pandémiques on renoue des contacts, on se fait de nouveaux ami.e.s, on prête vraiment attention à la santé des personnes qui nous sont chères.

Et l’on est aussi l’objet d’attentions non sollicitées et inattendues. C’est fou ce que les compagnies d’eau, de gaz, d’électricité, les assurances se soucient de notre bien-être confiné.

Orange, dans le domaine de l’empathie bien organisée, détient incontestablement le pompon. Nous en sommes au message #5 reçu hier par SMS : « pour rester en contact avec vos proches, télé-travailler, vous divertir, retrouvez les sujets que nous avons retenus cette semaine pour vous… »

Une semaine avant on nous proposait de « tenter de gagner de nombreux cadeaux ». Huit jours avant c’était une alerte confinant à l’humour noir : « il s’en fallait d’un cheveu que vous ratiez l’arrivée de la fibre dans votre ville ». Ces multiples attentions en auraient presque détourné notre attention de quelques messages, froids et sans fioritures ceux-là : « votre facture mobile est disponible. Le montant sera prélevé le… » Idem pour la facture fixe et pour la facture internet. Finalement le prosaïsme et le caractère factuel de ces informations, plus conformes à la nature de la société qui nous les adresse, n’est-il pas cent fois préférable à la fausse empathie des messages commerciaux dissimulés sous une fausse attitude amicale ?

Vivement la fin du commercialement confiné !

PS : On a récemment appris que le nombre de personnes séjournant en Dordogne pendant le confinement avait augmenté…grâce à des statistiques fournies par Orange. Ça alors !

Un salon maintenu !

Alors que les annulations de manifestations culturelles, sportives et même politiques tombent comme à Gravelotte pour cause d’épidémie galopante, on est tout heureux de trouver des poches de résistance. Le salon du livre de Paris n’aura pas lieu. Mais celui de Lempzours – 134 habitants – est maintenu !

Sylvie, webmestre et cheville ouvrière de la manifestation le confirme : « La XIIIème édition de notre salon du livre aura lieu les 3 et 4 octobre 2020; l’actualisation du site web est en cours » (1). Un historique y sera inclus.

Il mentionnera la présence constante de Juliette Nothomb qui met un point d’honneur à se déplacer chaque année depuis la création du salon. Amélie n’est encore jamais venue. Mais qui sait ? ce serait si germanopratin de se propulser dans ce coin du Périgord vert, ancien siège templier. La gare la plus proche est à Thiviers (8 km), sur la ligne – non électrifiée – Limoges-Périgueux. On passe devant l’église. On grimpe une petite côte et on y est. Le salon, d’accès gratuit, est hébergé dans une annexe municipale.

Certes lorsqu’il pleut comme vache qui pisse l’extension en toile de la salle communale prend un peu l’eau mais généralement il fait beau. Les visiteurs sont accueillis à bras ouverts par la quarantaine d’auteurs qui ont tout leur temps pour se raconter et…tenter de se vendre.

Une belle part est réservé à la jeunesse. Les écoliers du secteur travaillent pendant l’année avec un auteur local à la production d’un livre. Ils prennent donc une part active au Salon.

Franchement que demander de plus en ces temps de restrictions en tout genre ?

Vivement le mois d’octobre !

(1)http://www.salonlivrelempzours.fr

Boubat, poète photographe

L’été dernier Les archives départementales de la Dordogne ont consacré une exposition au photographe Edouard Boubat, réunissant les tirages du séjour de l’artiste en Ribéracois dans les années 1990. Bien que l’immeuble des archives soit situé près du centre de Périgueux on l’ignore assez facilement car il n’excelle ni dans la visibilité ni dans l’attrait architectural extérieur. On a donc raté l’exposition. Par chance « Mémoire de la Dordogne », la revue publiée par l’institution permet un rattrapage. Le numéro 31 est encore disponible dans quelques bonnes librairies (6 €).

Edouard Boubat est né à Paris en 1923. Au retour du STO il achète son premier appareil photo, un 6X6 Rollei. Aux côtés de Brassaï, Doisneau, Cartier-Bresson il investit l’espace photographique et parcourt le monde avec un regard de poète. Prévert a écrit de lui : « dans les terres les plus lointaines, Boubat cherche et trouve des oasis. c’est un correspondant de paix ». Dans les terres proches aussi, comme l’illustrent ces images sereines et paisibles du Périgord. On sent le soleil nous caresser le visage, on goûte avec lui l’ombre propice de l’arbre à l’heure de la sieste. On glisse sur l’eau envahie d’herbes fleuries. Il nous fait aimer notre coin de province…

Documentaire en gestation

Il est encore loin d’être sur nos écrans et pourtant il semble en valoir la peine : « Douce France » (titre hélas un peu galvaudé) est un film documentaire qui suit des lycéens de Seine-St-Denis dans leur enquête sur EuropaCity, parc de loisirs et de commerces qui projette de se construire sur d’importantes terres agricoles proches de chez eux. D’abord indifférents à l’avenir de ces terres, séduits par la promesse de divertissement et d’emplois, Amina, Sami, et Jennyfer se font progressivement leur propre avis.Au gré de leurs investigations, ils rencontrent promoteurs, élus, militants, paysans et commerçants. À l’aube de leur choix d’orientation, ils changent et agissent au cœur de leur territoire.

Les auteurs souhaitent faire de ce film un outil de sensibilisation et de débat pour, comme on dit, « retisser du lien social entre les quartiers, les villes et les campagnes et organiser des débats dans toutes les régions ». Un beau sujet en perspective.

Mais avant cela il faut réussir à boucler le financement du documentaire. Un financement participatif est lancé.
https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/
La vidéo de présentation : https://bit.ly/37qomtk



Beynac un jour, Beynac toujours ?

La presse locale se régale. Matt Damon, Ben Affleck et quelques autres – dont 800 figurants recrutés en Périgord – tournent en Sarladais sous la direction de Ridley Scott. La plus grosse production depuis la Jeanne d’Arc de Luc Besson (1999) à siéger au château de Beynac « actuellement fermé au public pour les besoins du film » écrit une journaliste de Sud-Ouest qui constate que le secret est de mise : « Il faut bien tendre l’oreille pour être informé… À Beynac, seules les personnes ayant un badge « Last Duel Crew » autour du cou sont autorisées à passer par les vigiles qui gardent les entrées ».


À défaut de pouvoir interroger l’équipe du film, « Sud Ouest » est allé voir ceux qui en profitent. Conclusion générale : en cette quasi-morte saison c’est « bon pour les affaires », que ce soit à l’hôtel Saint-Albert, à Sarlat, intégralement réservé pour loger des figurants, des doublures, des accessoiristes, des techniciens ; ou au Grand Hôtel ; ou en d’autres lieux secrets qui hébergent les vedettes.

Le dernier duel est inspiré d’un fait réel : Le 29 décembre 1386 eut lieu, à Paris, dans le champ clos du monastère de Saint-Martin, le dernier duel judiciaire, également appelé « jugement de Dieu ». A l’issue d’un combat ritualisé mais sans merci, en présence du roi Charles VI, le chevalier Jean de Carrouges eut raison de l’écuyer Jacques Le Gris qu’il accusait d’avoir violé sa femme, Marguerite de Thibouville.

Jean de Carrouges au combat en Ecosse

Un scénario d’un féminisme éblouissant et d’une actualité imparable ! On attend Ridley Scott au tournage et au tournant. Après tout il est l’auteur des Duellistes (prix du jury à Cannes en 1977) et de Thelma et Louise (six nominations aux oscars en 1991).

À retenir :

Le réalisateur britannique occupe -très provisoirement – une forteresse dont les seigneurs n’eurent de cesse de combattre les Anglais au temps où ces derniers occupaient l’Aquitaine.

Une partie du chantier de la déviation de Beynac est, semble-t-il, utilisé comme site de délestage par la production du dernier duel. La construction de cette déviation, voulue envers et contre la justice administrative par le conseil départemental de la Dordogne est à l’arrêt (https://www.sudouest.fr/2019/12/10/contournement-de-beynac-24-le-departement-deboute-).

En attendant l’issue du dernier duel entre l’Etat et le Département…

Triste solo

Dans un mois moins un jour le premier tour des municipales. À ce stade on peut se permettre une incursion civique. Dans combien de communes, petites voire moyennes, l’électorat n’aura-t-il le choix qu’entre voter pour l’unique liste en piste ou s’abstenir (voter blanc ou nul étant une déclinaison de cette absence de choix réel) ? En tous cas je connais au moins un cas en Dordogne : avec 1700 habitants la loi fait obligation de présenter des listes complètes et paritaires de 19 noms …Et au bout du compte une seule liste sera soumise aux suffrages. Il ne s’est donc pas trouvé 19 autres citoyen.nes pour « y aller ».

Si l’on faisait de la sociologie de comptoir on s’interrogerait sur les raisons profondes de ce fiasco démocratique : désintérêt de la vie publique ? Manque de temps ? Peur de s’exposer – mais à quoi – ? À moins que le bilan de l’équipe sortante ne fasse l’objet d’un plébiscite citoyen à inscrire sur le champ au Grand Livre des Records ?

Et pourtant les sujets de mécontentement ne manquent pas : une place de village en chantier depuis des mois, des « urnes » pour collecter les ordures plantées en surplomb de ladite place

Quoi qu’il en soit les futures séances du conseil municipal seront, par la force des choses, réduites à un attristant entre-soi.

Après la date limite de dépôt des listes il sera intéressant de connaître le nombre de communes à liste unique, d’une part pour mesurer à l’échelle nationale le recul démocratique que ces solos matérialisent ; d’autre part pour ouvrir la réflexion à des pistes pour y remédier. Peut-être en relevant le seuil (1000 habitants actuellement) au-delà duquel les listes complètes sont obligatoires ? Et en restaurant le panachage, sport villageois par excellence…

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